Oui, dans la plupart des cas. En droit français, un contrat se forme dès que les parties se sont mises d’accord, sans qu’une signature soit nécessaire. Un devis accepté par mail, une commande confirmée par message ou une prestation commencée sans contrat écrit peuvent donc vous engager. Le vrai risque est ailleurs : en cas de litige, il faudra prouver ce qui a été convenu.
Ce que dit le Code civil
L’article 1113 du Code civil prévoit que le contrat est formé par la rencontre d’une offre et d’une acceptation, et que la volonté de s’engager « peut résulter d’une déclaration ou d’un comportement non équivoque ». Une réponse écrite, un début d’exécution ou un paiement peuvent suffire à caractériser l’acceptation.
Il existe des exceptions. Certains contrats doivent être écrits pour être valables ou pleinement efficaces, notamment :
- le contrat de travail à durée déterminée ;
- la cession de droits d’auteur ;
- la cession d’une marque.
Pour la plupart des contrats commerciaux courants (prestation de services, vente entre professionnels, sous-traitance), l’écrit n’est pas une condition de validité.
Devis non signé, mail, bon de commande : les situations les plus fréquentes
| Situation | Contrat formé ? | Point d’attention |
|---|---|---|
| Devis non signé, mais travaux commencés à la demande du client | Généralement oui | Prouver la demande et le contenu du devis |
| Accord donné par mail (« c’est bon pour nous ») | Oui, si l’offre était précise | Conserver l’ensemble des échanges |
| Facture payée sans contestation | Indice fort d’acceptation | Ne suffit pas à fixer toutes les conditions |
| Accord par message sur un prix et une marchandise | Oui pour une vente (art. 1583 C. civ.) | La propriété et les risques sont transférés dès l’accord |
Pour la vente, l’article 1583 du Code civil précise qu’elle est parfaite dès que les parties sont convenues de la chose et du prix, même avant la livraison et le paiement. L’article 1196 ajoute que le transfert de propriété emporte transfert des risques.
Le vrai risque : prouver ce qui a été convenu
Un contrat non écrit existe, mais son contenu reste incertain : périmètre de la mission, prix, délais de paiement, conditions de résiliation. En cas de désaccord, le juge reconstitue la volonté des parties. L’article 1188 du Code civil lui demande d’interpréter le contrat « d’après la commune intention des parties », à partir des courriels, devis et messages produits par chacun.
Exemple fréquent : deux sociétés collaborent pendant plusieurs mois sans contrat écrit, puis les factures cessent d’être payées. Le débiteur conteste le périmètre de la mission, et le créancier doit engager une procédure longue pour établir ce qui était convenu.
Comment vous protéger : les 6 points à écrire
Un contrat utile n’a pas besoin d’être long. Il doit au minimum préciser :
- l’identité exacte des parties (dénomination, numéro d’immatriculation) ;
- l’objet de la mission ou de la vente, et ce qui en est exclu ;
- le prix, les échéances et les pénalités de retard ;
- la durée et les conditions de résiliation ;
- la propriété des livrables ;
- la juridiction compétente et la loi applicable.
À défaut de contrat complet, un devis détaillé, signé ou accepté par écrit, accompagné de conditions générales, couvre l’essentiel.
Entrepreneurs étrangers : un point de vigilance supplémentaire
Les entrepreneurs qui s’installent en France concluent souvent leurs premiers accords à distance, par mail ou par messagerie, selon des usages qui peuvent différer de ceux de leur pays. Le droit français retenant l’accord des volontés plutôt que la forme, ces échanges peuvent les engager plus tôt qu’ils ne le pensent.
Pour les titulaires d’une carte « talent – porteur de projet », des contrats écrits avec les clients et partenaires constituent aussi un élément concret pour justifier de l’activité réelle de la société lors du renouvellement. Voir notre page sur l’accompagnement Passeport Talent.
Questions fréquentes
Un devis non signé a-t-il une valeur juridique ? Oui, s’il a été accepté, même sans signature, par exemple par un mail ou par un commencement d’exécution. Sa valeur dépendra de la preuve de cette acceptation.
Un accord par WhatsApp est-il un contrat ? Il peut l’être si l’offre est précise et l’acceptation non équivoque. Les messages peuvent être produits comme preuve.
Peut-on se rétracter d’un accord donné par mail ? En principe non, entre professionnels, une fois le contrat formé. Le droit de rétractation concerne surtout certains contrats conclus avec des consommateurs.
Information générale ; cet article ne constitue pas une consultation juridique individualisée. Fondements : Code civil, art. 1113, 1188, 1196 et 1583.
Un doute sur l’un de vos contrats, sur vos statuts ou sur un engagement que vous vous apprêtez à signer ? Le cabinet accompagne les entrepreneurs, établis en France ou qui s’y installent, de la création de la société à la rédaction de leurs contrats.
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